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Le Cas Slimane et Saint Laurent Paris

Marylin Manson pour Saint Laurent Paris par Hedi Slimane

nouvelle campagne pour Saint Laurent Paris par Hedi Slimane

Depuis l’arrivée, que dis-je le retour, d’Hedi Slimane chez Saint Laurent, l’encre ne cesse de couler dans les rédactions. A tort ou à raison, le sujet divise, agace, interroge, quoiqu’il en soit il y a bel et bien un Cas Slimane. Le sujet est sur toutes les lèvres, alors nous avons décidé de mener l’enquête.

Yves Saint Laurent, 3 ans après le décès de Christian Dior est forcé de quitter la maison devant une dépression et un désamour de la presse naissant. Après un procès pour licenciement abusif, il crée sa marque éponyme avec l’aide de Pierre Bergé, et de l’investissement du milliardaire américain  J.Marck Robison. 1962 voit la naissance de la marque Yves Saint Laurent. Didier Grumbach (aujourd’hui Président de la Fédération de la Couture), alors à la tête de l’entreprise de confection C.Mendès s’associe avec Pierre Bergé et Yves Saint Laurent pour fonder Saint Laurent rive gauche. Pendant une douzaine d’années, C.Mendès sera le premier fabricant pour cette enseigne.

32 ans après l’ouverture du premier point de vente de la marque, qui rappelons-le était un coup de génie, Yves Saint Laurent se fatigue et se lasse de la création. Il fait ainsi appel à Alber Elbaz, qui ne restera que peu de temps car rapidement remplacé par Tom Ford. Son arrivée signe le rachat de la maison par le groupe GUCCI (créé par PPR).

Ce bouleversement se ressentira jusque dans les collections, puisque la maison Saint Laurent sera divisée en 2 entité : Yves Saint Laurent Haute Couture dont Yves Saint Laurent s’occupe jusqu’en 2002, et Yves Saint Laurent Couture, le prêt-à-porter de luxe rive gauche et les accessoires, sous la coupe  de Tom Ford.

Since the arrival, the come back, of Hedi Slimane in Saint Laurent, the ink continues to flow into the newsroom. Rightly or wrongly, the issue divides, annoys, questions, anyway there is indeed a case Slimane. The topic is on everyone’s lips, so we decided to investigate.

Yves Saint Laurent, 3 years after the death of Christian Dior, was forced to leave home to depression and disaffection of the emerging media. After a lawsuit for wrongful dismissal, he created his own brand with the help of Pierre Bergé and the investment of the billionaire J.Marck Robison. 1962 saw the birth of the brand « Yves Saint Laurent ». Didier Grumbach (now President of the Federation of Couture), then head of the clothing business C.Mendès s’ partnership with Pierre Bergé and Yves Saint Laurent to found Saint Laurent rive gauche. For a dozen years, C.Mendès will be the first manufacturer for this brand.

32 years after the opening of the first store of the brand, which remember was a stroke of genius, Yves Saint Laurent is tired and weary of creation. And he appeals to Alber Elbaz, who will remain little time, quickly replaced by Tom Ford. His Arrival signs the purchase of the house by GUCCI Group (created by PPR).

This upheaval will be felt into the collections, since the house Saint Laurent will be divided into two entities : Yves Saint Laurent Haute Couture &  Yves Saint Laurent Couture, ready-to-wear luxury « rive gauche » and accessories, under the control of Tom Ford.

André Rau, Yves Saint Laurent

Le texan, misant sur une communication décomplexée, invente le style porno-chic, ce qui ne plait guère à la presse et encore moins en interne. Yves Saint Laurent dira même ne pas retrouver les valeurs de sa marque dans les créations de Tom Ford. La maison Saint Laurent vit alors une période de vache maigre avec des ventes en chute libre malgré une expansion croissante du nombre de boutique. Tom Ford, malgré un échec commercial cuisant, est salué pour ses accessoires par le CFDA (Conseil des Créateurs de Mode Américains). C’est en 2004 qu’il quittera Yves Saint Laurent et Gucci.

Stefano Pilati, dans les murs depuis 2000, est propulsé sur le devant de la scène en 2004 pour prendre la relève de Tom Ford.

Pilati démarre donc son activité avec un handicap de 75 millions d’euros/an, il a la lourde tâche de relancer les ventes d’ YSL tout en gardant intactes ses valeurs intrinsèques. Stefano Pilati confiait à un journaliste de Vice à l’époque “le style YSL est – malheureusement pour moi – déjà ancré dans l’imaginaire des gens. Presque tout le monde a une opinion dessus”. Le créateur tente de s’émanciper des desideratas et des qu’en-dira-t-on, pour ne s’attarder que sur cette image contemporaine de la femme qui restera au centre de son processus créatif.

Pour son dernier défilé, François-Henri Pinault, PDG de PPR affirmait : « C’était magnifique, très chic, et très émouvant. C’était une très belle façon de clore une collaboration […] Stefano Pilati a effectué un travail formidable. Il a fait évoluer la marque, qui est prête maintenant pour une nouvelle aventure” … à croire que Mr Pinault avait quelque chose en tête à l’époque. Et à Paul Deneve, PDG de la griffe d’ajouter « Les équipes d’Yves Saint Laurent sont reconnaissantes envers Stefano pour le formidable travail accompli, qui a pleinement contribué à redonner sa place à cette maison de couture aussi illustre que prestigieuse« .

Alors débute le grand bal des couturiers : départ de Galliano de DIOR, retour de Jil Sander, Raf Simons sans bureau fixe, faux départ de Riccardo Tisci, Maxime Simoëns quittant Leonard, … et Hédi Slimane dans les starting blocks !

Hedi Slimane en cinq dates

1968 Naissance à Paris.
1996 Directeur du prêt-à-porter homme chez Yves Saint Laurent.
2000 Directeur de création homme chez Dior.
2007 Quitte Dior.
2012 Directeur de la création d’Yves Saint Laurent Paris.

 

The Texan, focusing on uninhibited communication, invented porno-chic style, what the press doesn’t like , much less internally. Yves Saint Laurent says not even find the values ​​of his brand in Tom Ford’s creations . The « Maison » Saint Laurent then lives a difficult period with plummeting sales despite a growing number of stores expansion. Tom Ford, despite a dismal commercial failure, is hailed for its accessories by the CFDA (Council of Fashion Designers of Americans). In 2004 he left Yves Saint Laurent and Gucci.

Stefano Pilati, in YSL since 2000, is propelled to the front of the stage in 2004 to take over from Tom Ford.

Pilati therefore starts its activity with a handicap of 75 million euros / year, he has the daunting task of boosting YSL sales while keeping intact its intrinsic values. Stefano Pilati confides to a journalist of Vice Magazine « The YSL style is – unfortunately for me – already rooted in people’s imagination. Almost everyone has an opinion on it. »

The designer tries to emancipate himself to people’s wishes, to dwell on this contemporary image of women who remains at the center of his creative process.

For his latest show, François-Henri Pinault, CEO of PPR said: « It was beautiful, very chic and very moving it was a very nice way to end a collaboration […] Stefano Pilati has done a terrific work. He has changed the brand, which is now ready for a new adventure « … to believe that Mr Pinault had something in mind at the time. And Paul Deneve, CEO of the brand to add  » The Yves Saint Laurent’s teams are grateful for the tremendous work of Stefano, who has helped to restore fully its place to this fashion house so lustrous and prestigious « 

So begins the great prom of fashion: Galliano leaves DIOR, the return of Jil Sander, Raf Simons is a no fixed office man, Riccardo Tisci’s false start, Maxime Simoens leaving Leonard … and Slimane on the go !

Hedi Slimane in five dates

Born in 1968 in Paris.
1996 Director of ready-to-wear at Yves Saint Laurent.
2000 Creative Director at Dior man.
2007 Exit Dior.
2012 Creative Director of Yves Saint Laurent Paris.

Hedi-Slimane-self-portrait

Marylin Manson pour Saint Laurent Paris par Hedi Slimane

2012 : Le nom de Slimane (fer de lance de la génération X)  comme capitaine du navire Yves Saint Laurent, au départ sussuré dans les couloirs, devient cri de la foule. Celui qui s’était retiré de l’univers de la mode pour se consacré à la photographie et au rock, revient doucement sur le devant de la scène, mais avec quelques exigences tout de même : travailler depuis Los Angeles (où se trouve son studio), changer le nom de la marque (passant de Yves Saint Laurent à YSL, puis enfin Saint Laurent Paris) … rien que cela, un petit clin d’oeil au créateur qui changea le nom des collections PAP en Saint Laurent Rive Gauche en 1966. Souvenons nous que Slimane n’en est pas à son coup d’essai puisqu’à l’époque il avait déjà renommé Christian Dior Monsieur en Dior homme. 

Pour son tant attendu premier défilé (le 2 octobre), Hedi Slimane, confortablement installé sous la Nef du Grand Palais, fut acclamé par la presse et par le co-fondateur de la maison Yves Saint Laurent. Dans la bouche de Pierre Bergé les mots font l’effet d’une estocade  pour les uns et d’une caresse pour les autres :

« C’est merveilleux! Cette maison est enfin sauvée après avoir été si malmenée pendant plus de dix ans par Tom Ford et Stefano Pilati […] Slimane est le digne successeur d’Yves. Il sait jouer avec les codes, avec l’ADN de Saint Laurent, sans le copier, il le modernise vraiment« .

Le champ lexical des invités triés sur le volets est restreint mais percutant de positivisme : rock’n roll, moderne, élégance, formidable, fumerie d’opium, jeune, intemporel, air du temps, … Les éloges pleuvent chez les journalistes, « Et quelque chose de simple, aussi. Une espèce d’évidence » confie Sophie Fontanel (rédac chef du Daily Elle), et Sarah Mower du Vogue US d’ajouter  « Contrairement à ce que certains avaient envisagé, ce n’était pas une rupture brutale avec le passé, mais plutôt un redémarrage étonnament respectueux de tout ce qu’Yves Saint Laurent a fait pour les filles des 1970’s« .

Une seule voix s’élève contre cette standing ovation, celle de  Cathy Horyn, du New York Times  « … la collection est belle mais qu’il s’agit de la vision glacée d’une fille bohème au Château Marmont « .

Un affront que Slimane ne supportera pas, une légère intolérance à la frustration peut être ?

Avec ce premier défilé Hedi Slimane vient de conquérir la mode, l’insoutenable attente fut récompensée par une salve de compliments, Saint Hedi enfin adoubé …

Solidement installé sur son piedestal, Hedi Slimane continue sur sa lancée, mêlant les archives de l’illustre maison à ses inspirations rock-grunge-bohèmes, un style affirmé donnant un nouveau souffle au vieillissement de l’image YSL.

Se laissant aller à un trop plein d’authenticité, le créateur intègre son propre ADN aux intouchables valeurs de feu Yves Saint Laurent, l’homme. Nous voyons ainsi débarquer des icônes des années 90, années rock, telles que Marylin Manson et Courtney Love (Veuve de Kurt Cobain), les Daft Punk …

Marylin Manson : nous cautionnons, trash et créatif il a donné un véritable souffle divin à la musique.

Courtney Love : nous cherchons encore la raison d’un tel égarement, musicalement inexistante, créativement inutile.

Daft Punk : enfin ! (à savoir que c’est leur 2e collaboration)

2012 : The name of Slimane, spearheaded Generation X, as captain of the ship Yves Saint Laurent, whispers which start in the corridors become cry of the crowd. One who had withdrawn from the world of fashion, to only make photography and rock music gently comes back on the front of the stage, but with some requirements : to work from Los Angeles (where is his studio), to change the name of the brand (from Yves Saint Laurent, YSL, and finally Saint Laurent Paris) … nothing that a little nod to the creator who changed the name of PAP collections Saint Laurent Rive Gauche in 1966. Let us remember that Slimane is not his first attempt because when He was at Dior he had changed Christian Dior Monsieur to Dior homme.

For his long-awaited first fashion show (October 2), Hedi Slimane ensconced in the Grand Palais was acclaimed by the press and by the co-founder of Yves Saint Laurent. In the mouth of Pierre Bergé the words are indeed a deathblow for some and a caress for others:

« It’s wonderful, this home is finally rescued after being so mistreated for over ten years by Tom Ford and Stefano Pilati […] Slimane is a worthy successor of Yves. He knows how to play with the codes, with the DNA Saint Laurent, without copying it really modernizes « 

The lexical field of selected guests is small but positive : rock and roll, modern, elegant, formidable, opium den, young, timeless … The praise showered among journalists, « And something simple, too. A kind of evidence » says Sophie Fontanel (the editor of the Daily Elle), and Sarah Mower of U.S. Vogue adding « Contrary to what some had considered , it was not a break with the past, but rather a respectfully surprise of everything that Yves Saint Laurent made for girls in 1970’s »

One voice rises against the standing ovation : Cathy Horyn (New York Times) « … the collection is beautiful but it is a cold vision of bohemian girl at the Chateau Marmont. »

An affront that Slimane will not bear,  a slight intolerance to frustration maybe ?

With this first show Hedi Slimane just conquered fashion, the unbearable wait was rewarded with a lots of compliments, Saint Hedi finally knighted …

Securely mounted on its pedestal, Hedi Slimane continues its momentum, combining the archives of the famous house to his « rock-grunge-bohemians » inspirations, a distinctive style giving new life to aging YSL picture.

Slimane indulges to authenticity, the creator incorporates its own DNA to untouchable values ​​of Yves Saint Laurent, the man. Thus we see icons of the 90s, the « rock » years, such as Marilyn Manson and Courtney Love (widow of Kurt Cobain), Daft Punk …

Marilyn Manson: we endorse, trash and creative he gave a true divine music breath.

Courtney Love: We are still looking for the reason of such error, nonexistent musically, creatively useless.

Daft Punk: Finally! (That is their second collab)

Daft-Punk-Saint-Laurent-Paris-Hedi-Slimane

Une question que nous nous sommes posés avec Christian Poulot aka Le Modalogue : Slimane veut rajeunir l’image de YSL, quid de l’utilisation d’égéries des années 90 ?

Le second défilé d’Hedi Slimane (le 4 mars 2013) : le parterre de journalistes en reste médusé, les voix tremblantes, le dauphin vient de trahir son royaume. Le front row est incrédule. La collection est immédiatement comparée au mass market, les noms de Topshop et The Kooples fusent tellement la colère gronde. Loïc Prigent défend pourtant le travail de Slimane : « Hedi Slimane n’emprunte pas à Yves Saint Laurent une silhouette, mais une attitude. Une attitude de pillage, de récupération de la jeunesse pour la reproposer ailleurs et régénérer au passage un prêt-à-porter devenu très institutionnalisé » argumentaire également soutenu par Louis Bompard (rédac chef de L’Officiel) : « … où son talent s’exprimait dans le fait de créer des allures plus que des vêtements, convainquant les femmes de ce à quoi elles veulent ressembler aujourd’hui, et surtout, à leur faire aimer ce que d’autres, avant elles, ont adoré. Appelons ça l’icônisme. Les premières silhouettes du défilé montrent de suite que c’est vers cette deuxième voie que s’est engagé le créateur pour sa première collection Saint Laurent.« 

Sacralisé 6 mois plus tôt, Hedi Slimane prend le chemin de l’enfer aujourd’hui. Laisser entrer le grunge dans le luxe n’est pas une idée si plaisante que cela, souvenons nous du départ forcé de Marc Jacobs de Perry Ellis après une collection du même acabit.

Géraldine Dormoy de l’Express Style toucherait-elle du doigt la vérité ? « Au bout du compte, j’ai encore du mal à savoir où nous emmène Slimane, mais je suis prête à le suivre.« 

Je resterai coller à cette belle refléxion de Louis Bompard « Même le rock n’a pas construit sa légende en un jour.« 

Quoi qu’il en soit cette relation difficile entre Hedi Slimane et son public ne prouve qu’une seule et unique chose : le deuil d’Yves Saint Laurent n’est pas fait.

Et si nous assistions à l’accouchement difficile d’un des plus grands créateurs de l’histoire de la mode ?

One question we asked ourselves with Christian Poulot aka The Modalogue: Slimane wants rejuvenate the image of YSL, what about the use of 90’s muses ?

The second defilé of Hedi Slimane (4 March 2013): the pit reporters left stunned, trembling voice, the dolphin has betrayed his kingdom. The front row was stared at the catwalk in disbelief.. The collection is immediately compared to the mass market, the names of topshop and The Kooples are pronounced. Loïc Prigent defends yet Slimane’s work : « Hedi Slimane does not borrow from Yves Saint Laurent a silhouette, but an attitude. Attitude of looting, recovery for youth, propose again somewhere else and regenerate the way a ready to wear became highly institutionalized  » argument also supported by Louis Bompard (redac Chief L’Officiel): » … where his talent was expressed in the act of creating the appearance more than clothes, convincing women to what they want to be like today, and most importantly, to make them love what others before them have loved. Let’s call it the iconism. The first creations for this show us that Slimane choose the second track for his first collection for Saint Laurent. « 

Sacred six months earlier, Hedi Slimane is on the road to hell today. Let the grunge enter in luxury is not an idea so pleasant, let’s remember the forced departure of Marc Jacobs from Perry Ellis after a collection of the same ilk.

 Is Geraldine Dormoy from « The Express Style » close to  the truth? « Ultimately, I’m still struggling to know where Slimane bring us, but I’m ready to go. »

I will keep sticking with this beautiful reflection of Louis Bompard « Even the rock’n roll has not built his legend in a day. »

Anyway this difficult relationship between Hedi Slimane and his audience proves that single thing is that the bereavement of Yves Saint Laurent is not done

And if we are witnessing the difficult birth of the greatest creator in the history of fashion?