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Dolce & Gabbana ouvrent les portes de la Haute Couture

Dolce & Gabbana
Certaines informations ont besoin de temps pour révéler leur essence. Cet été une donnée ne vous a sûrement pas échappés : la marque italienne Dolce & Gabbana se lance dans la Haute Couture. Bonne ou mauvaise chose ? Nous allons essayer de répondre à cette question.Tout commence en 1985,  Domenico Dolce et Stefano Gabbana associe leur créativité pour donner naissance à Dolce & Gabbana, il ne leur faudra qu’une année pour présenter la première collection de prêt à porter. Visionnaires, il se tournent rapidement vers l’international en séduisant les marchés américain et japonais. Rapidement ils inondent le marché avec une collection homme, puis la fameuse D&G à destination des jeunes, s’en suit une quasi omniprésence de la marque (lunettes, accessoires, parfums, …).
Et c’est peut être cette période charnière pour les deux “entrepreneurs” qui appela le futur de leur marque à se modifier très radicalement.
Peu à peu nous sentons que Domenico et Stefano quittent leurs habits de créateurs/confectionneurs pour doucement revêtir le costume des business-men aux dents longues, au dépend de ce qui les animait 15 ans plus tôt …
Donc résumons un peu l’étendue de l’aura Dolce & Gabbana: en quasi deux décennies la marque italienne a su s’imposer dans le prêt à porter féminin, masculin, l’enfant, l’optique, la musique, les jeunes, les cosmétiques, la décoration, les sous-vêtements, les montres … qui a dit que Karl Lagerfeld était partout.


Mais à force de se disperser il semblerait que les italiens en aient perdu la foi.

L’information qui courait au sortir du défilé automne hiver 2011-2012 sur la fermeture de la section jeune D&G s’est ainsi vue suivie d’actes avec la suppression de tous les CDD de celle-ci et son intégration pure et simple à Dolce & Gabbana.
La griffe avait récupéré sous son toit en 2006 D&G, lancée en 1993 sous licence auprès du groupe textile IT Holding. Elle assurait, depuis, directement la production et la distribution de cette ligne jeune, qui pesait jusqu’en 2009 près de 700 millions d’euros de chiffre d’affaires, soit 45% du total des ventes en gros du groupe s’élevant quant à lui autour d’1 milliard d’euros.
Un changement de direction est en marche pour un positionnement premium délaissant la quantité pour lui préférer sa soeur élégante : la qualité.
Mais hors de question de bouder une population au fort pouvoir d’achat, aux méthodes de consommation “compulsives” et au codes sociaux tirant plus de la meute que du groupe … Dolce & Gabbana complétera son activité par des collections capsules.


Le changement c’est maintenant nous martelait-on il y a quelques mois. Dolce & Gabbana, contre toute attente, en dehors de tout calendrier officiel et après la semaine de la Couture à Paris, décida de présentera à des invités triés sur le volet son entrée dans le monde de la Haute Couture. Car en effet seulement trois organismes de presse furent invités … et aucun américains !

Tout comme avec Tom Ford, rien de filtre. Seul Instagram a permis au monde de la mode de se tenir informé en temps réel. Le duo italien aurait il eu peur des critiques acerbes de nos confrères journalistes au point de verrouiller sa communication ?
Je vous parlais d’invités triés sur le volet : Anna Wintour, Grace Coddington, Scarlett Johansson, Isabella Rossellini, Naomi Campbell, Monica Bellucci et Anna Dello Russo, entre autres faisaient partie du gota.
Franca Sozzani, rédactrice en chef du Vogue Italie a fait l’éloge du défilé sur son blog, un iota dithyrambique, elle semble tout acquise à la cause du duo italien, tout comme le reste des invités d’ailleurs.

Une autre question se pose, si je ne m’abuse la Haute Couture est soumise à des lois, établies par la fédération de la couture, oui mais en France … habilement joué de la part de Dolce & Gabbana qui s’acquitte tout bonnement des règles qui régissent la Haute Couture. Donc voilà comment faire de la couture sans en faire … ils sont tout de même bons ces italiens.

Quoi qu’il en soit,  l’atmosphère est viscontienne, l’ambiance résolument fleurie, le cloître du San Domenico Palace Hotel de Taormina est prêt à recevoir l’émoi d’un parterre bien pensant, voire dégoulinant de bons sentiments …
Dolce & Gabbana revisite ,le temps d’un passage, l’Italie suranée, presque caricaturale. Aurions nous été happés dans une faille spacio temporelle ? Le look Sissi Impératrice est il redevenu tendance ? Tailleurs noirs, tweed, astraskan, dentelles, … les matières certes nobles ne déchaînent pas des pluies de superlatifs pour décrire ce que le monde de la mode attendait … une révélation.

Il me vient un jugement plutôt acerbe : tout ça pour ça ?!

Un manque de communication volontaire, un calendrier décalé, le choix spécifique des “élus” pouvant jouir de cette collection, tout me fait dire que Dolce & Gabbana prend le virage de la discrétion là où ils nous ont habitués à de l’extravagance, du bling bling, du bruit et de l’omniprésence.
Plus personnellement je trouve cette collection intéressante en terme de matière et de confection, c’est esthétiquement que le problème se situe, aucune des tenues ne fait écho au code de la Haute Couture, ni même à cette élégance qui nous aurions pu attendre d’un tel travail … les robes seront parfaites pour batifoler dans les herbes hautes un après midi d’été, après une chasse à courre, pour le moment elles orneront parfaitement les archives de la marque sans avoir réussi à convaincre.

 

@Crédit photos : Greg Kessler