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Interview : La plume du Modalogue…

 

Depuis un temps déjà, la mode s’est imposée à moi comme une évidence, un élement de ma personnalité enfin révélé. J’ai ainsi découvert un passionné, un homme d’une finesse rare pour qui la mode est un sacerdoce. Armé de ma pugnacité légendaire j’ai décidé de contacter Christian alias Le Modalogue afin de saisir son univers…

La vie est parfois étrange et déroutante, alors que la Men Fashion Wee

k bat son plein en Février, je rencontre James Bort qui me présente son ami Christian « Le Modalogue » ! Je reste bloqué devant lui et prends mon courage à deux mains pour lui reparler de ma demande d’interview, pensant que le refus n’était pas loin. Erreur, Christian me regarde et me dit qu’il se souvient de ma demande et qu’il prendra le temps d’y répondre. L’instant suivant je me retrouvai avec eux au coeur des backstage du défilé Kris Van Assche.

Je vous laisse maintenant découvrir son interview et sa plume délicate :

Christian, à quel âge la mode s’est imposée à toi comme une évidence ?

Je pourrais dire que cela a débuté lorsque j’étais tout petit, assis au pied de ma mère alors que je la regardais piquer à la machine à coudre. Adolescent, je me souviens aussi des pages mode du Figaro magazine… Après mon bac, j’ai débarqué à Paris avec la ferme intention de « faire de la mode », décision que je n’avais partagée avec personne. Je me suis donc rendu immédiatement à l’école Esmod, j’y ai vu des looks incroyables et merveilleux que je n’avais jamais vu dans ma province. Pris de panique, je suis allé m’inscrire en fac de sciences éco ! Je savais dès lors que je devrais y retourner un jour ou l’autre. Je ne l’ai fait que quelques années plus tard.

Quel a été ton plus beau défilé ?

Il me vient immédiatement à l’esprit le défilé de Walter Van Beirendonck (vers 1995-96), quelque part aux limites de Paris. J’assistais à mon premier défilé. Il avait neigé ce soir-là, le défilé prenait place sous un chapiteau de cirque à grandes bandes rouges et blanches.

À l’extérieur, le public déambulait en tenant des bâtonnets lumineux bleus électriques qui avaient été donnés pour l’occasion, la musique électro et festive d’avant défilé battait son plein, tout conférait à créer une atmosphère magique, très «happy». C’est un très bon souvenir.

Mais le plus «beau», c’est le défilé Couture de Jean-Paul Gaultier de la dernière

Fashion Week. J’ai une admiration sans bornes pour le travail qu’il fait dans la Couture depuis ses débuts en 1997. Sa Couture est fine, drôle et intelligente. C’était la première fois que j’y assistais et se fût très émouvant.

Paris est-elle, selon toi, la capitale de la mode (en toute objectivité bien sûr !) ?

Je n’ai pas eu l’occasion d’assister à une Fashion Week à Milan, Londres ou New York, il m’

est donc difficile d’être objectif.

Il y a plusieurs capitales de la mode, selon que l’on se place du côté de la culture, du business ou de la créativité. On peut cependant noter que la majorité des jeunes créateurs veulent un jour ou l’autre défiler à Paris. Paris reste encore (pour combien de temps ?) un point de passage obligé.

Fais-tu une distinction entre mode et tendance ?

Il est somme toute assez facile d’être «à la mode», d’adopter un it-bag (ou son ersatz), de porter la même robe qu’un people croisé dans un magazine, d’arborer les mêmes sneakers que telle star du foot. La tendance tient peut-être plus du décryptage, c’est un terme plus propre aux professionnels sans doute (bureau de style et autres…), il y a une dimension de projection dans le temps.

On peut imaginer une hiérarchie qui s’organiserait ainsi : la mode c’est l’immédiateté, c’est «now !», la tendance est une notion de court-moyen terme, le style, lui est éternel. Trouver son style et le faire évoluer au cours du temps est donc primordial.

«La mode se démode, le style jamais», disait Mademoiselle Chanel.

Ta galerie de Portraits présente chaque mercredi un nouveau visage, penses-tu en faire un recueil ?

La galerie de portraits vient de ma signature, le «header» de mon blog, qui est aussi présent sur ma carte de visite. Beaucoup de personnes l’ont aimé, j’ai donc décidé d’en faire un peu «plus» tout en rendant hommage aux créateurs.

Je me suis fixé la contrainte de produire de façon régulière (une fois par semaine) un portrait pour mon blog. Ceux qui me connaissent savent que la publication à grande vitesse n’est pas mon point fort. C’est donc aussi un défi pour moi !

Quant à en faire un recueil (ou autre chose), j’ai des idées, on m’en a donné, wait and see … Je reste cependant ouvert à toutes propositions !

Tu es plutôt in ou plutôt out ?

Le nom de votre blog m’a toujours rappelé «Qui est in, qui est out ?» un

e chanson de Serge Gainsbourg que j’aime beaucoup.

Je crois qu’il est difficile d’être complètement «out» aujourd’hui. La culture du «out» est devenue très «in», les films d’auteurs sont furieusement hypes, être geek aujourd’hui c’est top tendance alors qu’il y a dix ans tu passais pour un attardé… Des magazines et des marques connues ont bâti leur renommée sur le «out», ce qui peut paraître paradoxal… Internet a d’ailleurs accéléré le phénomène, les marchés de niche jadis «out» sont aujourd’hui très convoités.

Finalement, il n’y a rien de mieux que d’être un peu «out», pour être irrésistiblement «in», CQFD non

Ton parcours professionnel fait de toi un personnage complet de la scène «Fashion» parisienne, quelle corde manque à ton arc ?

Merci pour le compliment, mais je ne me considère pas comme un personnage complet de la «fashion» parisienne, loin de là ! Mon parcours m’a juste permis d’avoir une vision plus large, plus transversale de la mode. Aujourd’hui c’est ce qui m’anime et me passionne. Si je devais ajouter une corde à mon arc ce serait quelque chose qui me tient à coeur depuis fort longtemps comme collaborer avec Vogue ou Li Edelkoort.

2010 sera transversale, mais quel sera la couleur à l’honneur, quel accessoire sera incontournable ?

Depuis une dizaine d’années la mode masculine se rebelle, cherche ses marques, Hedi Slimane est celui qui a allumé la mèche (merci à lui).

Plusieurs profils masculins ont, dès lors, fait leur apparition (métrosexuel, dandy, rock, etc.) sans jamais vraiment convaincre. Mais la donne change depuis quelque temps. On croise dans la rue, au bureau, à l’école, des hommes qui affirment leur goût pour la mode. On s’éloigne du «no look», Levis 501-mocassins-chemise, pour une panoplie plus étudiée.

Pour l’homme, il va y avoir un focus encore plus important que les saisons précédentes, sur les chaussures de toutes sortes (sneakers, mocassins, la customisation…).

Un de mes amis, Monsieur Jean-Yves, a créé dans son atelier de la Place Vendôme une collection de noeuds papillon (plus de 80 variations, noués, à nouer, grands, petits…) à porter tous les jours, en journée ou le soir. Ils sont réalisés en gazar, en satin, en jacquard, en mousseline, etc. Il souhaite une «démocratisation» de cet accessoire et je suis entièrement d’accord avec lui. D’une manière générale j’espère voir plus d’accessoires, plus de sacs, plus de gants, plus de chapeaux, plus de pochettes, plus de pinces cravate, etc. Quant aux couleurs, les kakis, les bruns seront à l’honneur.

Pour les femmes, j’attends toujours le créateur qui parviendra à remettre l’imprimé «à la mode», des imprimés mo-der-nes, pas «vintage» ou connotés nostalgiques. Au fond j’attends le nouveau Cacharel… Dans cet esprit je regarde toujours avec beaucoup d’intérêt le travail de Cathy Pill (bien que ses dernières collections m’aient un peu déçu). Elle est, à ma connaissance, une des rares jeunes créatrices à faire de l’imprimé le centre de sa création.

Pour paraphraser Marilyn Monroe et son Chanel n°5, l’accessoire indispensable pour les femmes sera leur parfum et seulement lui…

Je tiens à remercier Christian pour sa patience, son professionnalisme, sa gentillesse et surtout son extraordinaire coup de crayon !

Retrouvez ses critiques mode et toute son actualité sur Le Modalogue.

Ecrit par Nicolas

  • Intéressant, je vais de ce pas voir son blog! Et les dessins j’adore!

  • Un portrait très interessant que tu dresses là 😉

  • Un entretien passionnant qui remet pas mal de choses en perspective : notamment la folie des blogs qui prennent et ressassent éternellement les mêmes photos de telle ou telle célébrité avec le « it-bag ». Au fond, suivre la mode, ça n’a pas beaucoup de sens. Il faut la précéder ! Sinon, on est toujours en retard
    http://davidikus.blogspot.com/